Quelques Femmes dans l'Histoire de France

 

Si l'on voulait parler de toutes les Femmes qui ont marqué l'Histoire de France, bien des exposés seraient nécessaires. Sans entrer dans les détails, nous pouvons néanmoins souligner de grandes figures ; notamment, parmi celles qui contribuèrent à l'éveil de notre Nation, et au triomphe de cette civilisation franco-chrétienne si célèbre pour son raffinement, phare des autres civilisations.

 

. L'éveil de la Nation :

La première de ces illustres Femmes est certainement celle que nous connaissons sous le vocable de « Patronne de Paris », Sainte Geneviève . Son nom veut dire « Fille du Ciel ». Née à Nanterre en 422, Sainte Geneviève se consacre très tôt à Dieu par les mains de Saint Germain.

A cette époque, l'Empire Romain décline et touche à sa fin. La Gaule, qui est l'une des principales provinces romaines, est encore un peuple barbare. Les Gaulois sont divisés : les uns restent fidèles à Rome ; les autres se rallient aux Francs des bords du Rhin. On redoute l'invasion des hordes barbares, qui ont déjà dévasté le pays en 406. Les Gaulois sont à l'affût des renseignements qui arrivent de l'Est, où se situe le danger.

En 451 parvient la terrible nouvelle : Attila, le « Fléau de Dieu », déferle à la tête de ses Huns, ne laissant que ruines et désolation sur son passage ! Attila affirme que « l'herbe ne repousse plus où son cheval est passé ». Les Huns dévastent Metz, puis Reims, puis Laon et Saint-Quentin… Lutèce est menacée. Ses habitants commencent à fuir.

Sainte Geneviève se lève alors pour convaincre les lutéciens de ne pas quitter la ville : « Priez, faites pénitence, Lutèce sera sauvée ! ». Les femmes l'écoutent, mais les hommes se moquent et continuent à organiser l'exode. « Ne fuiez pas », répète la sainte, « Lutèce sera épargnée, ne l'abandonnez pas ! ». Certains veulent jeter la sainte dans la Seine, la considérant comme « un élément de désordre ». A force de prières, et grâce au soutien de l'archidiacre d'Auxerre qui lui apporte sa caution, Sainte Geneviève persuade les Lutéciens de rester. Et voici que, de façon incompréhensible, Attila décide de rallier directement la Loire, sans passer par Paris… La ville est sauvée. Les Huns seront bientôt anéantis aux Champs Catalauniques. La réputation de Sainte Geneviève devient immense.

La popularité dont elle jouit va lui permettre de mener à bien la mission que Dieu va lui confier alors. En 481, le jeune Clovis devient Roi des Francs. A 20 ans, il porte le dernier coup à la puissance romaine en triomphant de Syagrius. Pourtant, le prince est encore païen. Sainte Geneviève souhaite ardemment pour le jeune barbare une épouse chrétienne. Ses prières sont exaucées lorsque Clovis remarque la princesse Clotilde, la plus jeune fille du roi des Burgondes… la future Sainte Clotilde. « La jeune princesse », lit-on dans les Petits Bollandistes, « se montra aussi remarquable par la sagesse de son esprit que par son éclatante beauté. […] Sa douceur, sa piété et son amour des pauvres, la faisaient bénir de tous ceux qui vivaient autour d'elle, et de tous les indigents auxquels elle avait coutume de distribuer l'aumône. Et bientôt la réputation de la pieuse Princesse se répandit dans toutes les Gaules. Clovis […] entendit parler des vertus de Clotilde, et conçut aussitôt le désir de l'avoir pour épouse ». Le mariage eut lieu solennellement en 493.

Une amitié profonde va s'établir entre Sainte Geneviève et la jeune reine qu'elle éclaire de ses conseils. Qui ne connaît l'influence qu'eut Sainte Clotilde sur le cœur de Clovis ? C'est ainsi qu'à la bataille de Tolbiac, sur le point d'être vaincu par les Alamans, le prince s'écrie : «  Dieu de Clotilde, si tu me donnes la victoire, je me ferai baptiser ! ». Les Francs gagnent la bataille, Clovis tient sa promesse. La France chrétienne est née. Avec le baptême du premier de nos rois, c'est le baptême de la France, « Fille aînée de l'Eglise ».

Sainte Clotilde et Sainte Geneviève sont les premières de la longue lignée de Femmes qui vont marquer l'Histoire de notre Pays. Certes la France est née par son baptême en 496… mais c'est encore un enfant bien jeune, si fragile. Toujours des femmes surgiront, pour protéger la jeune France et l'aider à s'épanouir.

Ainsi, Sainte Radegonde , fille du roi de Thuringe. Ce royaume tombe aux mains de Clotaire, fils de Clovis et de Sainte Clotilde, et la petite princesse devient sa prisonnière. Elevée selon sa condition au château d'Ath en Hainaut, elle s'adonne toute entière à la piété et à la charité. Sa remarquable réputation parvient jusqu'à la cour de Clotaire, qui décide d'épouser sa prisonnière. Quand Radegonde l'apprend, elle s'enfuit : Clotaire est le dévastateur de sa patrie, et il a déjà eu trois femmes ! Mais le roi fait rattraper sa captive et l'épouse à Soisson en 538. La jeune reine continue à mener à la cour la vie édifiante qu'elle montrait par le passé. Sainte Radegonde acquiert un grand empire sur l'esprit de son rude époux, qui attribue aux prières de son épouse ce qui lui arrive d'heureux dans la paix ou dans la guerre. Mais voici que Clotaire fait assassiner le frère de Radegonde, dans la crainte qu'il ne lui porte ombrage ! Après ce crime, Radegonde veut se retirer dans un couvent, ce que Clotaire finit par lui permettre. Elle se consacre à Dieu et s'adonne plus que jamais aux bonnes œuvres. Clotaire la supplie de ne pas cesser, comme elle faisait quand elle était près de lui, de le recommander à Dieu. Car il se reconnaît trop de facilité à suivre les conseils des méchants et à céder au mal.

L'influence de Sainte Bathilde est marquante. Vers 650, Clovis II est sur le trône, mais il se préoccupe bien peu du gouvernement de son royaume, qu'il confie à son maire du palais, Archimbaut. Or, celui-ci possède à son service une jeune esclave de sang royal : Bathilde, fille du roi des Saxons. A dessein, Archimbaut convie Clovis II à un festin somptueux, qu'il fait servir par Bathilde. Le roi tombe immédiatement sous le charme de cette ravissante esclave dont il apprend bientôt l'origine royale. Le mariage est célébré sans retard devant Saint Landry, évêque de Paris. La jeune reine se montre digne du rang où sa vertu et sa beauté l'ont placée. Du temps et du fait de Sainte Bathilde, il s'est bâti plus d'églises et de monastères en France qu'en aucun autre temps. A la mort de Clovis II, Sainte Bathilde fut déclarée régente, et cette régence est des plus heureuses. Dieu répond à la prière de la sainte reine et comble la France de biens.

Notons encore Sainte Hildegarde, reine de France ; Sainte Odile , patronne de cette belle Alsace qu'elle fit sortir de la barbarie au VIIIe siècle.

XIIIe siècle. La civilisation chrétienne est à son apogée. Saint Louis règne sur la France. Mais aurions-nous eu meilleur de nos rois s'il n'avait été élevé par une mère admirable ? Blanche de Castille reste une belle figure de France, ange de paix du royaume. Ce royaume, elle le maintient et le défend au cours des deux régences qu'elle doit exercer, la première pendant la minorité de Louis IX, la seconde lorsque celui-ci part pour la VIIe Croisade. De cette femme hors du commun, on pourrait bien dire qu'elle avait « les pieds sur terre et la tête au ciel ». C'est elle qui aimait à redire au futur Louis IX : « Mon fils, je préfèrerais vous voir mort à mes pieds que de vous savoir coupable d'un seul péché mortel »… Quel beau modèle de mère française !

 

. L'héroïne de la France :

Mais voici la Guerre de Cent Ans. Le royaume de France est en grand danger. Le dauphin Charles lui-même vient à douter de sa légitimité. Mais la Fille aînée de l'Eglise ne doit pas périr ! Fait unique dans l'Histoire du monde, Dieu va intervenir directement pour rétablir l'ordre politique dans un pays, et pour ce faire il ne choisit pas un chef de guerre, et pourtant il n'en manque pas à cette époque : Dunois, La Hire, Xaintrailles, le duc d'Alençon… Non, l'instrument de Dieu sera une humble jeune fille, qui va devoir « bouter l'Anglais hors de France et faire sacrer le roi à Reims ». Pourrait-on parler des Femmes de France sans mentionner Sainte Jeanne d'Arc  ? Sans la Pucelle d'Orléans, que serions-nous aujourd'hui ? Nous aurions le malheur d'être anglais et protestants. Combien de pays nous envient notre héroïne nationale ! Ainsi, n'est-il pas étonnant que des Mexicaines, à des milliers de kilomètres de chez nous, l'aient prise comme emblème de leur résistance au temps des Cristeros, en fondant les Brigades Féminines Sainte Jeanne d'Arc  en 1927 ? Le monde entier admire notre Pucelle. N'a-t-elle pas commandé l'armée du roi ? Après la Vierge Marie, reine de France, c'est sur Sainte Jeanne d'Arc qu'ont été écrits le plus de livres, en une multitude de langues. Docile aux inspirations de Saint Michel, « ange gardien particulier de la France », Sainte Jeanne d'Arc a rempli sa mission jusqu'à la mort, c'est ainsi que la France a été sauvée.

 

. La Femme de France, anonyme :

Le plus souvent, lorsqu'il est question des Femmes de l'Histoire de France, d'emblée nous viennent à l'esprit les femmes illustres que nous venons de citer. Mais est-il nécessaire d'être célèbre pour contribuer à forger ou redresser la France ? Aux côtés des femmes illustres, qui forment un pourcentage minime, il y a la multitude des Françaises anonymes. De celles qui n'ambitionnaient pas de voir leur nom inscrit dans un livre d'Histoire, mais plutôt au livre du Ciel ; qui, au cours des siècles, ont agit et prié sans ostentation pour notre Pays, dans leur royaume particulier qu'est la famille, ou dans leur monastère…

Si les illustres Femmes de France n'avaient trouvé aucun écho parmi les anonymes, la France elle-même n'existerait plus. Le rôle de la Femme, celui d'épouse et de mère, n'est-il pas essentiel ? Oui, car de ce rôle dépend la vie ou la mort de la famille ; et par là, la vie ou la mort de la société, puisque la famille en est la cellule de base. Pour l'avenir, « forger l'Homme de demain » est la mission de la Femme. Si elle néglige ce devoir, comment et par qui ses fils seront-ils élevés ? Ne seront-ils pas déformés et axés vers le mal ? Comment alors pourraient-ils eux-mêmes défendre une France qu'ils méconnaîtraient, voire haïraient !

Sans doute ne serons-nous jamais des femmes illustres, nous n'y aspirons pas. Sainte Jeanne d'Arc aurait mille fois préféré rester dans son petit village de Lorraine. Elle n'a jamais demandé à Dieu de devenir chef de guerre, et Saint Michel a dû bien insister avant qu'elle n'accepte sa mission extraordinaire  ! Car ce n'était pas la mission ordinaire d'une femme…

Nous avons lieu d'être fières de notre titre de « Femmes de France », en suivant le sillage des Françaises illustres ou anonymes qui ont forgé notre Pays. A notre niveau, nous aussi, comme elles nous pouvons contribuer efficacement au redressement de la France.


Sources :
- Saints de France, d'Henri Pourrat
- De la Sainteté de la Maison Royale de France, du Marquis de La Franquerie
- Sainte Geneviève, collection « Belles Vies, Belles Histoires »